11. « Le palais des autres jours »

La nuit se faisait lente. Elle aussi se faisait attendre, quoi qu’elle n’était pas en retard. Je crois même qu’elle était en avance. Le ciel se couvrait encore de quelques nuages. C’était avant qu’ils ne deviennent orange, sur le fond noir.
Je me suis mis en route, et croyez moi, le chemin avait tout d’un court sentier, interminable, aux longues secondes qui s’oublient déjà (déjà !) dans ma mémoire, dans ma tête.
Difficile d’aborder l’à-venir sans spontanéité (je dois faire attention à ne pas projeter mon enthousiasme, il se retournerait contre moi, comme une crêpe, sans doutes, pour me claquer dans les mains. Ce sont là les incompréhensions fondamentales que les hommes entretiennent entre eux).
Latent, comme au premier jour des vacances ! En latence, virtuellement, ces pas qui me portent inexorablement vers elle, vers la vie, vers Cherbourg, et toutes les villes que j’ai traversé à pied. Dans toutes ces directions que dessinent mes perspectives − celles que je dois tracer, sans doutes.
Ça m’arrive souvent, de ne pas savoir tout à fait quoi faire de mes mains. Elles traînent sur la table, essuient la buée sur les demis et mutilent les dessous de verres ; mes paluches grandes et maigres, et maltraitées − pas par le travail, mais par l’inanité. Plutôt par le des-ouvrage. D’ailleurs, elles n’ont jamais su tenir un stylo correctement. À une autre époque, on m’aurait sacrément tapé sur les doigts, enfant. Aurais-je eu une écriture plus belle ?
Sur le chemin, j'ai aussi remarqué cette drôle de ruine, une sorte de vielle école.

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