Black and Tan frenetics

Les rues nous étaient assez connues pour que nous nous sentions chez nous - c’est vrai, quoi. L’assurance que l’on peut avoir lorsque l’on a bu quelque bières, qu’on s’est extirpé d’un endroit désagréable, pour tomber dans un autre bar, agréable, lui.
Le premier avait une musique un peu assourdissante, n’avait pour ainsi dire pas de place, sauf au bar qui était empli plus qu’il ne le pouvait. Mais l’espèce de couloir qu’était ce bar, jusqu’à la grande salle où les artistes faisait tourner leurs platines, ce couloir était un peu désert. C’était un espace qui ne pouvait pas être viable.
Alors on s’est quand même fait une place au comptoir pour recommander un verre. La serveuse avait un gilet d’où sortait un beau chemisier blanc, à l’étoffe fine ; mais enfin, elle s’était surtout attachée à faire jaillir sa belle poitrine de son gilet. Elle débordait et illuminait son visage fatigués, ses yeux cernés.

Le deuxième bar, « L’imprévu », était somme toute assez différent. J’y suis entré en dernier, finissant ma cigarette - Laura et Jean s’était déjà accoudé au comptoir. Lorsque je suis entré, c’est la contrebasse et l’air de piano qui m’a fait me sentir chez moi. Jean et Laura portaient nos bières vers une petite table pas très loin d’un escalier en bois qui colimaçonnait vers l’étage. Nous étions dans un coin de la pièce, j’ai goûté le cool bien assis sur la banquette. Je regardais le costume élégant, old fashion du type à la contrebasse. Une veste gris foncé, bien droite, en feutre, qu’il gardait parce qu’il se trouvait près de la fenêtre ouverte qui ventilait le bar.
« L’imprevu » est de ces endroits charmants où l’on gagne quelques coups de coudes, à la commande, mais venus d’individus « du genre que je préfère ». Esquisser quelques pas de danse en tenant la main gauche d’une petite ; on pourrait se croire dans un Fitzgerald. Les filles ont les cheveux courts, des manières, et la musique est bonne. On en a pour notre argent, d’autant qu’il en faut peu.
La main droite, au piano, trépidait sur les touches, si bien que les notes et les harmoniques ne passaient là que pour provoquer notre attention, ingénues. La gauche traçait des cadences, mais toujours, à contre-temps, nous trompait et rebondissait. Le batteur caressait sa caisse claire et faisait bruisser ainsi, comme si le vent soufflait sur les feuilles d’octobre, tout le café, les coeurs, les bouteilles et les verres vides. Les jazzmen nous faisaient sourire en syncope, ils obligeaient à déhancher nos airs. Tout cela étaient donc, comme je l’ai déjà noté, charmant. Ils poussaient l’élégance à leur présence ; ils n’étaient pas là, mais le là était autour d’eux, si l’on peut dire. Nous étions ici pour les voir, le bar était là, on aurait accordé ses couleurs, son zinc et son parquet à leurs costumes sobres et droits, à leurs cols de chemises déboutonnés, à leurs cravates desserrées. Ils offraient au monde les danses de leur public, les rituels magiques et l’emphase des transes sans drogues. L’emphase des transes où tout n’est que drogue.

J'ai oublié la fin de la soirée, qui était mal écrite ; qu'importe.

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