J’ai avalé des Tom Collins toutes les vingts minutes depuis mon réveil, probablement. Par une sorte de hasard divin, je me trouve à Menton, à la saison des citrons, avec un fric fou dans mes poches dont j’aurais peine à expliquer la raison pour laquelle il s’y trouve, et avec un compagnon disposant de quatre glacières qui ne commencent à se réchauffer qu’à l’heure qu’il est. C’est à dire qu’à l’heure qu’il est, nous avons de toutes façons une difficulté que chacun comprendra, en ce qui concerne la conduite, naturellement, et la descente. Alors nous nous sommes arrêtes et avons, tout de même, continué de boire des Tom Collins. C’est une excellente boisson pour cette fin d’été lente et presque pénible tant elle est chaude et agréable. Nous suffoquions bien plus en Italie, mais nous commençons à nous inquiéter de savoir jusqu’où la température va se rafraîchir durant notre route, qui nous emmène, de façon inexorable, pour être un peu tragique, vers le nord. Nous avons prévu de joindre les gorges du Verdon par Vence, en évitant méthodiquement les grandes routes, en passant par la mer. Comme je le disais, comme la nuit tombait et que nous étions refaits, pas très loin d’Èze, nous nous sommes arrêtés, avons bu tant qu’il restait un peu de lumière et nous sommes endormis dans les sièges inclinés au maximum.
Nous nous sommes réveillés lorsque vers 9 heures, l’air un peu frais de la garrigue ombragée, qui circulait dans l’habitacle grâce à nos fenêtres entrouverte, non content de s’être dangereusement échauffé, ne parvenait plus à renouveler l’air brûlant résultant du soleil dont nous n’étions pas parvenu, avec nos savants calculs pour déterminer les points cardinaux, à échapper, à l’aide de la robe d’un pin parasol. Non : nous étions en plein cagnard, même à cette heure, ne suant sans doutes que l’alcool ingurgité la veille, ce qui faisait une quantité de liquide tout de même formidable, qui mérite sans aucun doutes de nous qualifier d’en nage. Nous avions besoin d’une bonne douche.
Mais d’abord, nous étions plus proches d’Èze que nous ne le pensions. Le village se dressait au sommet d’un rocher, d’un roc comme on en voit beaucoup dans ce coin là. Honnêtement paradisiaque, de loin.
Nous avons rejoint la côte et l’avons longée pour trouver la première plage publique disposant de douche d’eau douce. La route était encore presque déserte, l’air de septembre et les ombres entraient en dansant par le courant d’air dans la voiture, et nous dormions alors du bonheur désinvolte, installés comme nous l’étions, impertinemment, négligemment, dans nos sièges. J’avais les pieds nus sur le tableau de bord et je buvais du Perrier comme il se doit le matin. Nous partagions une cigarette.
Nous nous sommes douchés, les pieds nus sur l’espèce de dalle en béton qui était une sorte de socle pour la cabine, sur la plage. Il y avait déjà quelques vieux en train d’illustrer les changements physiologiques conséquent de la cuisson que l’on observe aisément chez le homard. Les hommes, comme leur peau est fine, peuvent se permettre le raffinement de la cuisson lente, thermostat 1. Nous avons pris un bain de mer timide mais l’eau était un peu trop fraîche à notre goût, et surtout nous avions faim.
Nous avons repris le van et nous sommes monté sur ce pic où se dresse Èze. Nous avons pris un café, en terrasse, et mangé des croissants. Nous sommes peut-être resté là trois quart d’heure, demandant à la serveuse tantôt de nous indiquer le poissonnier (nous avions nos glacières), tantôt si la barbe de quatre jours nous allait bien, si elle voulait un croissant, si elle voulait voyager avec nous, si elle avait un conseil à nous donner sur la région, d’endroits par lesquels passer, si elle pouvait nous apporter un titre de presse un peu meilleur que Nice Matin, si elle aimait Èze, ce genre de chose. La pauvre jeune fille n’avait presque pas de travail en salle, alors elle finit par s’installer en terrasse avec nous pour fumer une cigarette. Nous avons beaucoup ri, ensemble. Jean lui lança un défi au baby-foot : jouer contre nous, mais sans que nous n’utilisions notre main droite. Donner le résultat de cette partie reviendrait à nous humilier. Finalement nous avons un peu lu et j’avais un peu de courrier à écrire. Au moment d’aller payer, dans la salle fraîche du bar, je lui ai laissé l’un des exemplaires de la carte pro de Jean, carte dont je me sert en général, en lui disant que si elle changeait d’avis ou qu’elle avait encore un conseil à nous donner, touristique ou autre, elle pouvait lui écrire un mail. Et j’ai aussi écrit le mien au dos. Elle s’appelait Catherine, et elle était très sympa.
Nous sommes donc allés à la poissonnerie qu’elle nous a indiqué. Je ne suis entré qu’après Jean, avec les glacières, une fois ma cigarette terminée. Nous avons acheté des pains de glaces que le poissonnier a pilé pour nous, et nous sommes repartis, non sans que j’exige de Jean de l’aide, pour porter ces glacières subitement pleines. Nous allions lentement, le soleil implacable et jaune, perçait, faute de nuages, nos épaules.
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