A la place du mort, lorsqu’on va vers le nord, le soir, le soleil tape. Et pas au carreau, non. Non, sur le visage. Non content d’avoir fait de la Provence une vaste vallée aux cours d’eau asséchés, aux haies cramées, pétrifiées dans un geste tordu (celui du vent qui souffle, en temps normal), non content d’avoir figé le déroulement de la journée - exception faite de la cadence du soleil et de la pulsation des cigales, crr crr crr crr crr crr, etc. Non content de cogner dur, il cognait sur moi.
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| Août 1928 |
Les gens s’y mettent des chemises bien blanches, quand ils n’ont pas le choix. Quittent jamais la casquette (le béret, pour les vieux). Et leur visage est déjà épais et noir, parce qu’il l’a toujours vu, le soleil, des jours et des jours.
Ferment les volets et les fenêtres toutes la journée. Vous croyez que les provençaux ont envie de grillades torses nus quand le jour décline ? Ils veulent s’abriter au creux de la fraîcheur de leurs maisons, de leurs illustres mas aux pierres de remploi, aux angles apocryphes, mais aux proportions sûres : un grenier, un vrai, le débarras ; qui peut vivre la dessous. Je veux dire, aujourd’hui, qu’il n’y a plus d’ouvrier étrangers, au temps de salaire minimum.
Voilà ce que sont les fermes. Pour la plupart, ce sont, autour du mas historique et des diverses constructions postérieures, des cartes des familles. On y trouve les écuries, le hangar, les garages, les remises, la cabane, qui, attenante au poulailler, permet de ranger les outils usuels ; et le pré derrière, qu’on arrosait en détournant le canal (tous les 3 jours 3/4). On le fauchait trois fois par an, pour remiser, mais surtout, l’eau, par infiltration, alimentait le puits. Pas d’eau courante avant 1950.
Je vois le soleil peser de tout son poids sur ce paysage là ; la terre est une sorte de cailloux dans une zone encore assez propice de l’univers, en proie aux rayonnements. C’est quand même bizarre, tout ça.

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