Je rentrais de mon mardi soir, il n’était même pas tard. J’avais passé le week-end à écrire - une commande un peu chiante.
Je rentrais et comme d’hab, j’avais un peu bu, je pensais à ci ou ça, à cette soirée, je pensais un peu à cette nana qui s'ennuyait, une petite allemande, blonde, au visage rond, un peu carré, aux traits malgré tout fins et très beau. J’ai dit cette unique phrase que je connaisse. « Du bist eine schatze ». C’est vrai qu’« elle avait quelque chose d’un ange » . Et donc je pensais à tout ça. Mais je pensais à tout un tas d’autres choses, d’autant que j’écoutais de la musique, dans mon Ipod, puis ce boulevard est chouette et assez calme. J’étais à deux pas de chez moi, je pensais à toutes ces photos que j’avais prise du coin.
Puis je me suis arrêté parce que j’ai croisé le regard d’un chat. J’en avais vu un autre, un bel européen tigré, très beau, la veille, en rentrant des courses. Là, c’était la nuit. Mais pour l’européen, c’était en plein jour - il m’avait vraiment décidé à en prendre un. Il avait une grande qualité, en plus de sa belle démarche et de son air, en plus de son cou sans collier : il s’est planqué, pour m’échapper, dans cette magnifique usine, avec ses grands hangars, qui fait du retraitement de déchet, et qui ne pue même pas.
Mais le chat que j’ai croisé était différent. D’abord c’était la nuit noire, ce coup-ci. Puis on s’est arrêtés, se regardant l’un l’autre, à ce moment là. On s’était déjà dépassés, il avait dû me capter de longue date ; j’étais gentiment saoul et il m’a fallu un peu de temps pour me rendre compte de sa présence.
J’ai coupé ma musique et je me suis accroupi. J’ai tendu la main vers lui, l’ai frotté comme je fais avec les chats (ça les rends fous, d’habitude), mais lui restait indifférent. J’ai fait du bruit avec mes lèvres, comme pour lui dire de venir, mais il est parti et j’ai capté seulement là qu’il avait une patte bien niquée. Il a longé le trottoir et les pare-chocs des bagnoles garées là. Comme tout un tas de chats, dans le coin, il devait chercher un truc à bouffer, des poubelles. Il sautait sur sa patte arrière gauche, sans que la droite ne touche au sol. C’était vraiment moche, jamais il ne m’aurait laissé l’approcher - trop peur. Il avait dû se faire sacrément marcher dessus. Un truc bien cruel dans ce genre. Les chats sont tous amochés, dans le quartier. Dans les pays vraiment pauvres, ils sont tous maigres, mais pas ceux-là.
Ça m’a fait pensé au sale clébard de Sergio, qui avait aussi une patte niquée. Sauf que ce chien, il était vieux, il avait un maître dont il s’occupait, et qui s’occupait de lui, puis c’était la patte avant. Puis il s’était fait bouffé la patte par un autre clébard, parce qu’il menaçait son maître. Alors on pourrait dire que c’est comme la règle du jeu. D’ailleurs, il l’utilisait un peu, quand il courrait. Alors que le chat, pas du tout. Pour autant que je puisse en juger, il ne devait jamais la poser, sa patte. Je ne l’ai vu que faire quelques mètres.
Mais le chien de Sergio, surtout, il était vieux. Alors que ce chat était petit et semblait assez jeune.
Je sais pas trop ce que j’aurais pu faire. Je veux dire, je sais bien que je n’avais qu’à rentrer chez moi sans penser à lui. Ce que j’ai fait. « Pâle septembre »
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
Il est possible d'aimer, conseillé de moquer, et même demandé d'insulter les auteurs de ce blog