Pour autant que j’en sais quelque chose, je crois qu’il n’y a rien de plus triste que d’emprunter le chemin du retour, le chemin de chez soi, seul, la nuit, lorsque les rues sont calmes et vides et que depuis les fenêtres, on perçoit des lumières chaudes et des bruits de discussions, des bruits de musiques.
Bien sûr, il y a les fenêtres grandes ouvertes des soirées, d’où les beuglements nous parviennent de jeunes gens qui ne doivent pas valoir grand choses. Pour arriver à tant de démonstration d’enthousiasme, en général, il ne leur aura fallu que l’esprit de corps des écoles, cet ambiance un peu grégaire, en ajoutant à cela un soupçon de musique trop forte, des filles trop heureuse de tant d’importance, et un alcool trop sucré, se buvant trop facilement, en des quantités trop absurde pour l’entendue de leur névrose personnelle - cette soif de se divertir, de se réjouir, et plus encore.
Je pensais à d’autres ambiances, à la fois plus épiques et plus pures, mais parfois plus intimes. Oui, je vais sortir mon couplet sur ces salons chaleureusement éclairés, sur le jazz, le parquet et sur l’accessible humanité, la sensible entente, les amoureux regards. Mais bon, je ne suis pas si difficile - j’allais écrire austère ! -, qu’on doit le dire. Un truc sale, un micmac à plus d’heures, ça peut me convaincre. Je ne demande qu’un petit sursaut esthétique, pas même du confort, je ne demande le plus souvent qu’à boire, un peu de musique, de quoi s’entendre parler, de belles fenêtres et des petites courées. Le reste devrait venir, naturellement ; et qu’importe qu’il viennent, on a de quoi l’attendre.
Boire à toute vitesse et rire fort avant même que l’alcool n’ai tué nos inhibitions, danser de ce pas lourds du mouvement exagéré, et parvenir maintes fois au sublime dans ces instants qui n’existent plus - parce qu’on ne se les rappellera pas. Malgré tout, danser avec la grâce d’une perdition emprunte de gravité. Je pourrais vivre toute ma vie comme ça, rond à ne cesser de lever mon verre. Souvent, j’aimerais la vivre ainsi.
D’ailleurs, avant de prendre le métro, j’ai traversé la rue pour aller à l’épicerie, en comptant dans mes poches l’argent qu’il me restait. Il ne m’en restait précisément pas assez pour m’acheter à boire. Alors quoi, il a bien fallu que je fasse demi-tour et que j’aille prendre le métro. Quelle différence ça fait pour lui ? Pour un métro comme celui de Paris, ça pourrait en faire une. Mais un métro automatisé ?
Alors dans ces moments, comme je n’ai plus d’argent, je marche tranquillement jusqu’à la prochaine station. Je rencontre probablement un imprévu qui dépasse une logique dramaturgique : rien de déterminé par les actions précédentes, rien ne déterminant les actions futures, ni même une structure plus générale. Juste une chose succédant à une autre, puis elle même précédent autre chose. Alors, à ces moments, le ciel est noir et les ombres, plus noires encore. Mes pas s’insèrent dans les pas des personnes à l’air heureux, qui vont dans tel concert ou tel bar. Je discute avec les premiers venus, je fume beaucoup de cigarettes. J’en donne quelques unes. Que me reste-t-il a donner d’autre ? Et on me paie bien des verres ! J’ai dans ma poche un carnet, mes clés, mes clopes et mon briquet, ainsi que cette monnaie dont je ne ferais jamais rien..
Il peut y avoir, au coin d’une rue tortueuse, un trottoir où le pavé se déchausse. Là, un évènement absolument indéterminant, mais qui change mon existence, c’est à dire le présent, sa prose et la mienne. Non que ce dernier révolutionnerait ma psychologie, ou je ne sais pas quoi, changerait mon passé, mon avenir, mais enfin, il n’y a qu’en histoire que le passé existe. Le reste du temps, les choses doivent bien avoir toujours lieu au présent. Mais je digresse : il peut y avoir pareil évènement, je l’ai lu dans un livre.
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