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| 6, rue des Sarrazins |
C'est au fond du dernier de ces salons, sur des poufs disposés autour d'un vieux canapé en velours vermillon et élimé, que nous nous sommes installés avec mon ami. C'est alors qu'il me laissa à mes capacités de socialisation, tandis qu'une blonde, couverte de tatouages colorés sur les bras, avait engagé la conversation avec moi. A ses cotés, Stéphanie, brune bouclée, au teint pâle et dont on entendait pas ce qu'elle disait, fumait sa cigarette.
Il s'est alors produit une chose qui, parce que je l'avais remarqué, changeât le cours de la soirée – et justifie que j'écrive pareille histoire.
La blonde désigna à Stéphanie quelqu'un, du doigt, et se leva pour aller la saluer, tandis que Stéphanie essayait de la retenir du bras, en disant fermement, bien qu'essayant de rester discrète « Putain, Maya, non ! Ne me fait pas ça ». La Maya n'en fit qu'à sa tête.
- Qui est ce type ?
- Un gars que je n'ai pas du tout envie de voir.
- C'était donc ça, je disais, pour rigoler.
Elle se faisait toute petite, jouant avec le briquet qui était posé sur les clopes de la blonde. Elle était malgré tout plutôt reculée de la vue de la salle, cachée derrière la carcasse d'un gros bonhomme, assis à trois ou quatre mètres d'elle. Je regardais vers Maya, pour constater qu'elle ne semblait pas pressée de revenir avec le type. Elle n'avait pas l'air décidée à revenir, tout court ; elle devait échanger quelques plaisants propos d'une écœurante banalité.
- Il ne va pas se ramener.
- Tu crois ? demanda-t-elle sans regarder.
- Il ne semble pas.
J'allumais ma dernière brune et regardais autour de moi, puis par la fenêtre – c'était une belle nuit de juin. Puis je jetais mon paquet réduit en boule sur la table. Stéphanie – je ne savais pas encore qu'elle s’appelait comme ça – avait sacrément tapé dans sa bouteille.
Maya revint finalement :
- Tu vois, Stéphanie (c'est là que j'appris son prénom), je ne suis pas une garce.
Elle dit ça d'un air satisfait, goguenard – insupportable – et en effleurant la joue de Stéphanie, qui fit un mouvement brusque de la tête et fila, avant que nous ne nous en soyons tout à fait rendu compte.
Maya essaya de la retenir avec quelques paroles vaines, mais Stéphanie traversait la pièce, vexée et sûre de son pas, dont les talons heurtaient sèchement le parquet, dont le bruit se perdaient dans le bruit et la musique de la fête.
- Pas très maligne, de l'avoir braqué comme ça, je dis en me lavant et en attrapant ma veste. Je vais essayer de la rattraper.
- Fais bien ce que tu veux, elle dit froidement.
Stéphanie était grimpée sur le toit plat, en passant par une terrasse où l'on accédait par une fenêtre crevée. Il s'y trouvait une échelle. Je la suivais avec lenteur pour lui laisser une longueur d'avance, un peu de répit : j'enfilais ma veste comme l'air était frais, comme une nuit de juin. Peu de bruit parvenais dans cette cour, le ciel était clair.
Je montais finalement à l'échelle, et vit Stéphanie assise sur un petit muret, de l'autre coté du toit, allumant une cigarette en regardant droit devant. Je m'approchais lentement, et elle tourna la tête vers moi quand elle m'entendit, à quelques mètres. Je m'assis à coté d'elle. Elle avait du mascara autour des yeux, comme un panda, et reniflait en s'essuyant le nez avec la manche.
- As-tu une cigarette, Stéphanie ?
Elle chercha dans la poche de son sweet et me donna, sans me regarder, le paquet et le briquet qui s'y trouvait. Je pris une blonde, et l'allumais avec le briquet. Je tirais une grande bouffée, puis lui tendit le tout.
- Et comment tu t'appelles, toi ?
- Sacha.
Elle tira encore sur sa cigarette.
- J'aime bien, l'air frais et un peu de vent : ça détend, ça donne sommeil.
- Peut-être.
Nous nous sommes tus pendant deux ou trois minutes, puis je ne puis plus me retenir.
- Pourquoi as-tu piqué le briquet de Maya ?
Stéphanie expira un rictus, prit le briquet de la poche et le regarda :
- Je ne m'en suis pas rendu compte. Elle le regardais avec attention, presque fascinée. J'espère que ça la fait chier, souria-t-elle.
Je ne répondis rien.
- Je fauche des trucs, des fois. Sans m'en rendre compte, quand je suis nerveuse ou prise à défaut, je ne sais pas.
Je pris le briquet de ses mains et essayais de lire ce qui y était écrit. « Tu es cleptomane ? »
- Non, non, pas du tout. Je me mets à tripoter la première chose qui me vient, et puis mon attention se fixe sur autre chose, et... elle ne finit pas sa phrase.
- Tu ne dois jamais manquer de feu !
- C'est le pire ! Ça m'arrive de me retrouver avec quatre ou cinq briquets.
Stéphanie était un peu soûle.

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